Mercredi 16 mars 2011 3 16 /03 /Mars /2011 23:02

 

Treize Raisons, Jay Asher

 

Une nouvelle fois, je suis surprise par ce que l’on appelle « littérature pour ado », cette profondeur des sujets et leur façon de les aborder avec talent et puissance. Talent et puissance, les deux mots qui qualifient cet ouvrage de Jay Asher. Traiter du suicide n’est jamais simple, encore moins quand il s’agit du suicide d’une adolescente. Et pourtant c’est le thème de l’intrigue et l’auteur réussi à ne pas tomber dans le sentimentalisme, la morale et les clichés, une sorte d’exploit en somme pour un roman jeunesse.


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« Je sais que tu n'avais pas l'intention de me blesser. En fait, la plupart d'entre vous qui m'écoutez n'avez sans doute pas la moindre idée de ce que vous faisiez... de ce
que vous me faisiez, à moi. »


Clay reçoit treize cassettes enregistrées par Hannah Baker avant qu'elle ne se suicide. Elle y parle de treize personnes impliquées dans sa vie : amies ou ennemies, chacune de ces personnes a compté dans sa décision. D'abord choqué, Clay écoute les cassettes en cheminant dans la ville. Puis, il se laisse porter par la voix d Hannah. Hannah en colère, Hannah heureuse, Hannah blessée et peut-être amoureuse de lui. C'est une jeune fille plus vivante que jamais que découvre Clay. Une fille qui lui dit à l'oreille que la vie est dans les détails. Une phrase, un sourire, une méchanceté ou un baiser et tout peut basculer...

 

J’avais peur en empruntant ce livre de tomber dans le schéma classique de l’ado mal dans sa peau, enfermé sur lui-même, qui a un destin vers le suicide tout tracé, roman pleurnichard qui nous fait culpabiliser sans rien nous apporter. Et là, non au contraire, nous avons une jeune fille « normale », à la vie « normale », un poil paumée certes mais qui est typiquement une adolescente de 16 ans en quête d’elle-même.

Au fil des cassettes qu’écoute Clay, nous suivons Hannah dans son avancée vers le suicide. Détail par détail, elle nous démontre qu’il suffit d’un rien pour abîmer irrémédiablement l’autre, le détruire. Ce n’est pas une jeune fille destinée à mourir que nous avons mais une personne qui subit les coups de la vie et qui n’a plus d’autre choix que de tout arrêter, parce qu’elle est blessée à mort. Il s’agit donc d’une vision plus « originale » du thème du suicide et peut être aussi plus réaliste, nous ne nous levons pas un beau matin avec l’idée de mourir en tête, non, il faut du temps, de la maturité. L’effet boule de neige en somme.

 

Outre l’histoire qui est vraiment appréciable, l’écriture de Jay Asher est bonne. D’abord par le fait que nous passons du monologue de Hannah sur les cassettes aux actions présentes de Clay, ses réactions. Un double récit en somme : les changements d’Hannah entraînant ceux de Clay.

Et le style même de l’auteur est prenant, nous suivons les personnages, nous sommes happés par eux, nous voulons savoir la suite, connaître le mot de la fin. Le langage jeune, nous touche, permet de bien se situer dans l’histoire et d’être vraiment avec le personnage. Les phrases se heurtent, s’enchaînent, courtes et efficaces, mêlant panique, cynisme, douleur, désespoir. On lit sans s’en apercevoir.

 

J’ai beaucoup apprécié le fait que nous suivions pas à pas Hannah, son mordant, l’humour noir qu’elle porte sur son passé. De même, le fait de lire quelque chose qui parle du suicide sans tomber dans le pathétique et le cliché est vraiment agréable, nous nous trouvons en face d’ados qui pourraient être ce que nous avons été, ce que nous sommes. Nous avons tous eux des moments où un détail nous a blessé, nous sommes aussi coupables de ces gestes mortels. Voir à quel point chaque action peut faire mal est une chose étrange et instructive. Et dans un sens, c’est bouleversant d’assister à la mort de quelqu’un sachant qu’elle est inéluctable : on la voit avancer, on sait qu’il n’y aura pas de happy end et que rien ne pourra la sauver. Vraiment, ça fait réfléchir.

 

Mais bien que l’histoire soit touchante, l’écriture prenante, je me suis lassée à un moment. Je n’étais peut être pas assez dedans pour le lire d’une traire mais j’ai sauté des pages pour aller plus vite, je trouvais que sur la fin c’était trop lent. Et ma morale me dit qu’il n’est pas vraiment acceptable de la part d’Hannah de faire subir ça aux treize personnes, de se venger en les faisant souffrir et détruisant leur vie à tout jamais. Certes c’est compréhensible mais elle leur en veut de l’avoir tuée alors pourquoi faire mal. Je divague là…

Au final, le roman est certes bon, très bon même mais il n’en reste pas moins que je ne dirai pas de lui qu’il est exceptionnel. Une bonne écriture, un bon récit, une bonne histoire mais voilà je n’ai pas accroché plus que ça.

 

Ah, j’oubliais, si vous avez des tendances à déprimer, avoir des idées sombres, ne le lisez pas !

 

Auteur : Jay Asher

Titre : Treize Raisons

Catégorie : à partir de 15 ans

Broché : 288 pages

Editeur : Albin Michel

Année : 2010

Par Kakasha
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